Centre Historique Belge du Scoutisme - Belgisch Historisch Centrum voor Scouting

Histoire du scoutisme et du guidisme belges - Thèmes: Expo 58


Les scouts et guides belges à l’Exposition universelle de Bruxelles en 1958 : les « Pavillons 58 » de l’Exposition universelle de Bruxelles

L’émergence d’une idée

Deux ans avant l’ouverture de l’Exposition universelle, l’idée est émise de créer un centre d’accueil à proximité de Bruxelles pour recevoir les jeunes désireux de visiter l’exposition de manière économique. Par la même occasion, ces jeunes pourraient se rencontrer, apprendre à se connaître et à s’apprécier au-delà des différences de langues, de pays ou de convictions religieuses. 

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Henry Brifaut, ancien chef scout des princes Baudouin, Albert et Alexandre de Belgique et pour l’heure responsable du camp de La Fresnaye, propose que la Fédération des Scouts Catholiques (FSC) participe à la réalisation de ce projet en novembre 1956, mais le conseil d’administration de la fédération lui réservera un accueil plutôt mitigé, face au risque financier qu’il comporte pour le mouvement. Pol Dasnoy-Sumell, commissaire fédéral de la FSC de 1955 à 1958, et le chanoine Pierre de Locht, aumônier fédéral de 1949 à 1957, finiront toutefois par soutenir la proposition, « afin de rendre service aux jeunes catholiques du monde entier en 1958 ».

Les difficultés à surmonter

Si le projet suscite l’enthousiasme, il bute en effet sur la question de sa réalisation concrète, personne ne songeant encore à en faire une entreprise commerciale, qui permettrait d’amortir les frais d’installation du centre durant les six mois de l’exposition. Diverses propositions sont ainsi formulées, avant d’être rejetées les unes après les autres : faire construire les pavillons par une entreprise spécialisée se révèle trop onéreux ; créer un camp de tentes demande de trouver un espace trop important, avec un entretien également hors de prix ; racheter des baraquements existant en nombre suffisant et à un prix raisonnable apparaît impossible.

La solution sera trouvée par Henry Brifaut et Jacques Groos, permanents du camp de La Fresnaye, qui proposeront de construire eux-mêmes la nonantaine de pavillons nécessaires, composées de logements, d’installations sanitaires, d’un restaurant d’une capacité de 250 places, de boutiques de souvenirs et d’un secrétariat, tout cela à un prix abordable et en un temps record.

Le choix du terrain ne sera pas non plus aisé. Une grande propriété à Uccle est tout d’abord envisagée, mais elle ne sera pas retenue, celle-ci étant située à une heure de tram de l’exposition. 

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Les Pavillons 58 trouveront finalement un écrin au couvent de la congrégation des Sœurs de Sainte-Marie réparatrices du Cœur agonisant de Jésus. En annexe à leur couvent, ces religieuses disposent d’une maison de retraite, situé avenue de Lima, comprenant des chambrettes, des dortoirs et un vaste jardin. Ne pensant pas pouvoir organiser sereinement des retraites et des récollections durant les six mois de l’exposition, les sœurs acceptent de mettre leurs locaux à disposition de la FSC. Ceux-ci permettront d’héberger 200 jeunes filles, outre une vingtaine de pavillons, des douches et des sanitaires qui seront construits dans le jardin. Simultanément, la FSC loue aux sœurs des terrains situés juste en face du couvent, où pourront être bâtis les pavillons destinés aux garçons, ainsi que les locaux communs, comme le secrétariat, le restaurant et les boutiques. A moins de 200 mètres de l’entrée de l’Exposition, du côté de la « Belgique Joyeuse » et de ses attractions, les Pavillons 58 se positionnent donc d’emblée avec un atout conséquent, susceptible de garantir leur succès.

Pour assurer la construction du centre, le mouvement devra toutefois encore trouver les capitaux indispensables à la mise de fonds initial, une question délicate puisque rien ne garantit que l’exposition fonctionnera bien, ni non plus que le centre attirera un nombre suffisant de jeunes pour être rentable en six mois d’exploitation. Après quelques hésitations, la fédération ose prendre le risque financier de l’opération et charge son administrateur délégué, Albert Pulings, d’emprunter les fonds nécessaires. En tant que directeur général de la Questure du Sénat, ce dernier dispose également d’un carnet d’adresses intéressant, qui ouvrira de multiples portes au mouvement.

 

La construction des chalets en bois

Dès juin 1957, le camp de La Fresnaye se transforme en un vaste chantier de construction où les pavillons seront préparés, avant d’être montés au plateau du Heysel. Ils seront construits dans le tout nouveau et spacieux atelier du camp de La Fresnaye, créé spécialement pour cette opération. Le bois de construction sera fourni par la société Cogebois dont le directeur, Édouard de Sany, prêtera gracieusement les camions de sa société pour transporter les éléments des chalets au Heysel. Les Pavillons engloutiront entre 7.000 et 8.000 mètres carrés de bois, ainsi que trois tonnes et demi de clous. Construits en matériaux légers et solides, les chalets formeront des unités amovibles et polyvalentes d’une capacité de douze lits, qui pourront facilement être montées et démontées, notamment pour pouvoir être revendus après l’exposition. Leur système de construction sera aussi le plus simple possible, de manière à pouvoir être fabriqué par des non professionnels. A l’intérieur, chaque pavillon sera doté de rayonnages et de porte-manteaux. Les lits, matelas, draps et couvertures seront, par contre, fournis par l’Armée belge et la Croix Rouge de Belgique. Ce seront également 21 douches avec chauffe-eau, 49 WC et 52 lavabos qui devront être montés pour assurer les sanitaires du camp. A partir de novembre 1957, les terrains de l’avenue de Lima sont aussi aplanis, équipés de canalisations et entourés de clôtures pour accueillir les Pavillons.

Du 10 juin 1957 au 17 avril 1958, jour d’ouverture de l’Exposition, une dizaine d’hommes travailleront d’arrache-pied à la construction des chalets, sous la direction technique de Jacques Groos. La décoration du camp sera quant à elle réalisée essentiellement par Henry Brifaut, qui fera venir pour ce faire du bois de ses propriétés ardennaises avec l’aide des camions de la société Cogebois. Son but sera d’égayer le côté spartiate de l’ensemble des chalets. Des mats aux couleurs vives ornés de drapelets seront ainsi plantés un peu partout dans le camp. A l’entrée, des fleurs colorées en métal ouvriront le centre d’accueil. Des troncs de bouleaux non écorcés serviront de poteaux de soutènement fictifs pour soutenir les auvents prévus à la réception et au restaurant. Des plateaux de bouleaux non écorcés seront également utilisés comme lambris à l’intérieur du restaurant. Henry Brifaut y réalisera des décorations murales représentant, avec humour, différentes sortes de repas nationaux, comme les Italiens mangeant des pâtes ou les Autrichiens de la saucisse. Les pavillons, groupés par quatre unités, seront peints de couleurs chatoyantes, le blanc étant réservé aux pavillons communautaires.

 

Le succès des « Pavillons 58 »

Entre le 17 avril et le 19 octobre 1958, jour de fermeture de l’Exposition, les Pavillons 58 ne désempliront pas. Ils seront fréquentés par 24.230 Belges, 18.640 Allemands, 9.780 Français, 1.270 Espagnols, 1.140 Néerlandais, 470 Anglais, 310 Italiens et 2.110 personnes d’autres nationalités parmi lesquelles des Arabes, des Autrichiens, des Canadiens, des Égyptiens, des Latino-Américains, des Suédois et des Suisses. 

Un groupe de 600 aveugles, jeunes et adultes, venus de Lille, sera aussi logé aux Pavillons 58. 

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Pour un forfait de 63 francs la nuit, comprenant le logement et un petit déjeuner, les Pavillons enregistreront un total de 149.140 nuitées. Près de 475.000 repas seront aussi distribués durant les six mois d’ouverture de l’Exposition par le restaurant du camp. Celui-ci sera dirigé par le jociste Albert Meert, un des pionniers des repas self-service en Belgique, suite à son expérience au sein des restaurants de la Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC) à Bruxelles. Outre l’hébergement, un service d’accueil sera mis sur pied pour faciliter le séjour des jeunes. Le centre sera géré par l’homme d’affaires Raymond-Georges De Melenne, responsable de l’occupation des Pavillons, et animé par le père franciscain Fabien Deleclos, aumônier du camp. L’un et l’autre grouperont autour d’eux des employés et des bénévoles issus des différents mouvements de jeunesse pour assurer ce service.

Avec les Pavillons 58, la FSC pourra offrir un centre d’accueil et de logement de 1.000 lits pour 350 filles et 650 garçons. Le tour de force n’est pas mince, le camp scout de La Fresnaye ne pouvant encore offrir à l’époque qu’une capacité de 200 places en cantonnement par comparaison, non compris le camping sous tente. Parallèlement aux Pavillons 58, La Fresnaye ouvrira aussi ses portes aux jeunes désireux de visiter l’Exposition universelle de Bruxelles, ainsi que les divers centres et sièges des autres fédérations guides et scoutes de Belgique.

L’opération Pavillons 58 sera un véritable succès pour le mouvement, qui pourra montrer par-là son souci d’ouverture au monde et d’insertion dans la société, à une époque où le scoutisme reste critiqué comme un mouvement vivant sur lui-même et en dehors du réel. Malgré les hésitations initiales, les Pavillons 58 seront aussi une opération très rentable pour la FSC, grâce à la revente aisée des chalets à la fin de l’exposition. Ils rapporteront un bénéfice d’un million de francs belges, ce qui permettra à la fédération de vivre dans une certaine aisance au cours des années 1959-1963.

 

Une seconde vie après l’exposition

Au terme de l’opération, les Pavillons 58 seront ainsi démontés et revendus en une quinzaine de jours, y compris les sanitaires, malgré un a priori sceptique des responsables des Pavillons 58. Grâce à leur simplicité et à leur solidité, ils se vendront comme des petits pains et seront reconstruits un peu partout en Belgique. Le restaurant sera ainsi racheté par une institution religieuse pour jeunes handicapés. Un grand pavillon partira au camp-école éclaireur de Saint-Fontaine dans le Condroz, dont les infrastructures seront rénovées grâce aux bénéfices des trois boutiques, où des milliers de cartes vues de l’exposition seront vendues. Quelques chalets seront acquis par les sœurs de l’Institut Saint-Dominique à Schaerbeek, qui les exploiteront comme classes d’enseignement jusqu’au début des années 1980. Des groupes scouts rachèteront eux-mêmes des pavillons, comme l’Unité Saint-Géry à Rebecq (8e Brabant wallon) et les scouts de la 67e Unité Saint-Dominique à Kraainem. L’abbé Joseph Reyntens acquiert lui-même un chalet pour l’offrir comme local de meute à la 7e Unité Notre-Dame du Sacré-Cœur à Etterbeek, qui servira jusqu’en… 2007, où un malheureux incendie le détruira. L’aumônier du camp, le père franciscain Fabien Deleclos, en récupèrera pour sa propre unité, la 58e Notre-Dame du Chant d’Oiseau à Bruxelles. Plusieurs de ces chalets sont toujours opérationnels de nos jours. 

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Source
Thierry SCAILLET et Luc MARCOVITCH, Le camp scout de La Fresnaye. Cinquante ans d’histoire, 1938-1988, Bruxelles, Event Business, 2006, p. 76-81.

Voir aussi : la grande journée internationale guide et scoute du dimanche 24 août 1958.

 

 

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