Centre Historique Belge du Scoutisme - Belgisch Historisch Centrum voor Scouting

Histoire du scoutisme et du guidisme belges - Thèmes: Congo


Le guidisme au Congo belge

Au moment de l’indépendance du Congo, le guidisme congolais catholique totalisait quelques 120 unités et près de 6000 membres. Cette même année, lors de la Conférence Mondiale de l’AMGE en Grèce, le Congo avait été admis au titre de membre aspirant (Tenderfoot) de l’Association mondiale, tandis qu'à Pâques, le Congrès de Stan, réunissait, pour la première fois, guides et scouts de l’ensemble du pays à Stanleyville. Ce congrès fut l’occasion de revoir ensemble les pédagogies guides.

L’africanisation des cadres était également à l’ordre du jour : Béatrice Nimy et Marie Kinyimba y seront désignées commissaires adjointes de Madeleine Vilain XIIII, commissaire fédérale de la Fédération des Guides catholiques du Congo belge et du Ruanda-Urundi depuis 1946. L'année d'après, l’Association des Guides du Congo fera de Bernadette Nimy sa commissaire nationale.  


         Bernadette  Nimy

Le premier témoignage de guidisme dans la colonie remonte à 1923, alors qu'établies sur une des rives du Lac Tanganika, les Soeurs Blanches ont créé deux ou trois groupes de Girl-Scouts à Baudouinville. L'association des Baden-Powell Girl Guides de l'époque reprend ces groupes à son compte et l'annonce fièrement à Londres, où on est fort intéressé. Mais cette première expérience ne semble pas faire long feu et il faut attendre le mois de juin 1933, l'arrivée de mère Hélène de Saint-Genest, le comtesse d'Assche et d'Elisabeth Legros pour que la décision "d'organiser le guidisme dans nos Colonies" soit prise par Association Catholique des Guides Belges. Ce plan se concrétise lorsque le 29 décembre 1933, Madeleine Vilain XIIII, guide aînée au Clan du Genêt, assistante à la 4ème Unité, et faite cheftaine quelques jours auparavant, s’embarque pour le Katanga. Elle s'y voit confier une double mission, dont le commun dénominateur est l’attention portée au développement de la jeune fille et de la femme noire : fonder et prendre la direction du Foyer Social Indigène d’Elisabethville et organiser le guidisme congolais. Le guidisme démarrera au Katanga, mais pas avant 1937-38. Les années de l'avant-guerre verront ensuite se développer un guidisme tant noir que blanc, également du côté de Léopoldville, au Kivu et à Stanleyville.

La seconde guerre mondiale coupe les communications entre la Belgique et le Congo, qui se tourne alors vers le guidisme d'Afrique du Sud et adopte une partie de ses structures et de sa pédagogie. Au sortir de la guerre, les fondations continuent à se faire, tant et si bien que lorsque Madeleine Vilain XIIII peut enfin rentrer en Europe et y rencontrer le Conseil Supérieur et l'AMGE, décision est prise de reconnaître pleinement l’autonomie de la Fédération des Guides catholiques du Congo belge et du Ruanda-Urundi et de l’affilier à l'AMGE par l’intermédiaire des Guides catholiques de Belgique. En 1946, l'effectif déclaré est de 500 guides, mais l'expansion va bientôt être exponentielle. En 1950, Lady Baden-Powell vient se rendre compte des progrès du guidisme et du scoutisme au Congo et se dit "surprise de voir les guides du Congo si nombreuses". En 1955, on dénombre 1100 guides indigènes et 480 guides blanches, ainsi que des cheftaines indigènes.

   
                 Promesses avec Madeleine Vilain XIIII (devant Marie-Claire Laloux)

De juillet à décembre 1956, Marie-Claire Laloux, commissaire générale des GCB, effectue une longue mission d’information, d'encouragement et d'étude au Congo, Ruanda et Urundi. A son retour, intimement convaincue de la nécessité de développer guidisme et scoutisme au Congo, elle tente de rallier de multiples personnes au projet. C'est ainsi qu'en mai 1957, Marie-Josèphe Lacroix, secrétaire générale des GCB, s’envole pour le Congo, où elle séjournera pendant 10 mois et travaillera d'arrache-pied à la consolidation du mouvement sur le plan national. En Belgique, des campagnes de récole de fonds (Boyokani) sont organisées pour soutenir ce projet. En 1959, Marie-Josèphe Lacroix repartira au Congo au titre de Secrétaire fédérale et après l'indépendance, elle offrira encore ses services pendant de longues années au guidisme et à la jeunesse congolaise.

   
                           Formation à Leo avec Marie-Josèphe Lacroix (à droite)

De tout temps, le guidisme congolais a été confronté à des difficultés importantes : avec le scoutisme, il partage l’isolement de certaines régions et les distances, la difficulté de trouver des cadres européens stables, le manque de moyens financiers, une certaine concurrence entre mouvements de jeunesse (mouvements d’Action catholique comme le Patro, le Kiro, les Xavéri, la JOCF). S’y ajoutent pour les filles en particulier, un taux de scolarisation très faible, le manque de filières scolaires (il faut attendre 1955 pour que les filles aient accès à la filière secondaire) et professionnelles, et le mariage précoce, ce qui posera le problème de la langue véhiculaire et de l’accès aux documents pédagogiques et aux revues, ainsi que celui du recrutement de cheftaines d’un certain calibre.

Scoutisme et guidisme se rejoignent aussi sur des options de base, en particulier, celle du caractère fondamentalement interracial du mouvement. Si les scouts ont des chefs congolais avant les guides et pourront pousser plus loin l’africanisation des cadres du mouvement, cela n’est dû qu’aux difficultés évoquées ci-dessus au sujet de la situation de départ des filles, tant il est évident que le projet pour lequel part Madeleine Vilain XIIII (et ceci peut-être plus clairement que les projets scouts de la même époque) et qu’elle inspire jusqu’à l’indépendance, est avant tout celui d’un guidisme congolais à part entière, mené par des jeunes filles congolaises. 

Dans le débat qui oppose la politique d’assimilation (qui préconise qu’en vertu de la supériorité de la civilisation occidentale, celle-ci doit être assimilée par les indigènes et venir remplacer leur culture d’origine) à celle de l’adaptation (qui préconise plutôt l’adaptation ou l’évolution progressive de la culture indigène de manière à la rendre acceptable selon des critères occidentaux), guidisme et scoutisme ont a priori adopté des stratégies différentes, le guidisme étant plus adaptationiste que le scoutisme : la Charte éditée en 1958 par la Fédération des Guides Catholiques du Congo Belge et du Ruanda-Urundi, puise certes son inspiration dans la Charte de 1950 des GCB, mais reflète par ailleurs largement les réalités du terrain congolais.  La loi guide demeure inchangée, mais deux des trois principes sont modifiés :  la guide n’est pas « ardente patriote et bonne citoyenne » mais « aime son pays et se montre bonne citoyenne », tandis que « son devoir  » ne commence pas seulement à la maison, mais aussi « dans son milieu ». Sur le plan symbolique, le cadre de la branche cadette (l'histoire des lutins en Belgique) est laissé au choix de la cheftaine, et en méthodologie, outre les tranches d’âge, les brevets de spécialité se veulent « bien adaptés aux conditions de vie des guides ». 

Pour autant, le guidisme colonial congolais a-t-il pu être autre chose qu’un enfant de son temps : a-t-il pu pratiquer un fraternalisme interracial qui n’était pas seulement l’autre face du paternalisme traditionnel ? Et a-t-il surtout pu faire émerger un autre rêve que celui de l’épouse-ménagère parfaite (sur le modèle européen) pour la jeune fille congolaise ?  Si les sources européennes dont nous disposons aimeraient répondre par l’affirmative à ces questions, il nous manque hélas à ce jour leur pendant congolais, qui seul, pourrait venir le confirmer.   

               

Sophie Wittemans

Pour lire l'histoire complète, lisez le Cahier que le Centre Historique Belge du Scoutime a consacré au sujet : Sophie WITTEMANS, Le guidisme catholique au Congo belge et au Ruanda-Urundi, 1923-1960. 

Voir aussi : le scoutisme au Congo

 

 

 

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