Centre Historique Belge du Scoutisme - Belgisch Historisch Centrum voor Scouting

Histoire du scoutisme et du guidisme belges - Thèmes: Congo


Le scoutisme au Congo belge

Entre 1922, année de sa fondation, et 1960, le scoutisme congolais n'a jamais cessé de fixer des critères de sélection exigeants pour le recrutement de ses adhérents: une scolarisation obligatoire des membres et, partant, une bonne connaissance du français, des attitudes morales calquées sur le modèle occidental (le concubinage et l'ivresse publique sont réprimés tandis que la progression morale personnelle est encouragée par le biais de la promesse et des badges), un "degré" d'occidentalisation culturelle élevée sensible, par exemple, dans les paramètres ethniques que l'on tente d'effacer, des contraintes financières inhérentes à la formule (uniforme, excursions, matériel). Comme nous l'avons souligné, les critères de sélection ont été à la fois d'ordre économique et socio-culturel.

Le résultat le plus sensible d'une telle sélection élitiste a été, nous semble-t-il, de conforter la catégorie dite évoluée dans son besoin d'identification et de différenciation. En effet, malgré la volonté originelle du scoutisme de briser les catégories (entre autres politiques et sociales) en rassemblant, théoriquement, toutes les jeunesses autour d'idéaux communs, force est de constater que le modèle moral prôné par l'organisation scoute était fort proche de l'idéal moral montré en exemple dans la colonie belge, et que seules les franges dites "évoluées" de la population avaient assimilé. C'est ainsi que le gouverneur général Pierre Rijckmans voyait dans le scoutisme une école pour former "notre jeune élite congolaise" à "la conscience de sa responsabilité vis-à-vis de la masse indigène" (Ryckmans, 1946).

Le grand mérite du scoutisme est toutefois d'avoir encouragé, pour cette frange privilégiée de la jeunesse, un rapprochement sincère entre population noire et blanche à une époque où celui-ci n'était encore qu'une exception. En outre, assez tôt, des dirigeants indigènes reçurent certaines responsabilités au sein de l'organisation. Ainsi, dès la fin des années trente, le scoutisme d'Elisabethville s'appuyait presque totalement sur des cadres indigènes. De même, les troupes de Léopoldville reposaient sur une majorité de dirigeants indigènes dès le début des années quarante. Toutefois, les postes supérieurs de l'organisation (la fonction de chef d'unité, les responsabilités régionales et nationales) demeurèrent le privilège exclusif des blancs jusqu'à très tardivement.

Cet état de fait n'a pas été sans conséquences sur la création d'une fédération scoute indigène (la FEBOSCO, constituée à la base d'une dissidence de scouts issus de la fédération neutre) à la fin de l'année 1959, qui s'éleva contre le "paternalisme" qui régnait dans les mouvements de jeunesse belge. Durant les dernières années de la colonisation, la fédération catholique parvint d'ailleurs à s'adapter aux mutations radicales des mentalités avec plus de souplesse que la fédération neutre. Tandis que cette dernière maintint son siège décisionnel en Belgique, les scouts catholiques réussirent, en temps utiles, à intégrer les indigènes aux postes clés et à les investir de responsabilités à la fois pratiques et morales. C'est ainsi que la fraction adolescente urbaine issue du scoutisme catholique contribua largement à l'encadrement de la jeunesse désoeuvrée en organisant des chantiers agricoles, en gérant les secteurs de jeunesse de Léopoldville, en mettant sur pied un centre social et des maisons de jeunes.

En marge de ses activités sociales, le scoutisme fut également le berceau d'une prise de conscience politique pour certains de ses membres. Prônant une formule éducative encourageant la prise de responsabilité, offrant des réseaux de connaissance (le milieu catholique d'Elisabethville était, par exemple, très dynamique) et, plus tard, des structures de représentation (les conseils de jeunesse provinciaux, le Conseil National de la jeunesse) et des contacts internationaux (via la World Association of Youth), s'adressant en priorité à une élite fortement scolarisée, le scoutisme verra naturellement sortir de ses rangs un grand nombre de leaders politiques.

Extrait de : 

Samuel TILMAN, « Le scoutisme au Congo belge (1922-1960) : une école de l’élite pour les jeunes indigènes », dans Revue belge d’histoire contemporaine, vol. 28, 1998, n°3-4, p. 363-404.  (disponible en ligne) (extrait p. 396-397).

Bibliographie récente : 

Samuel TILMAN, L’implantation du scoutisme au Congo belge, dans Itinéraires croisés de la modernité. Congo belge (1920-1950), s. dir. Jean-Luc VELLUT, Tervuren-Paris, 2001, p. 103-140 (Cahiers africains du CEDAF, n°43-44). 

Charles TSHIMANGA, Jeunesse, formation et société au Congo / Kinshasa (1890-1960), Paris, L’Harmattan, 2001, 444 p. (Coll. Congo-Zaïre - Histoire et société). 

Charles TSHIMANGA, Scoutisme et formation de l’élite au Congo/Kinshasa, 1920-1960, dans La diffusion des savoirs dans les tiers mondes. Contraintes et perspectives, s. dir. Muriel GOMEZ-PEREZ et Valérie LACABANNE, Paris, Publications Universitaires Denis Diderot, 1999, p. 17-39.

Samuel TILMAN, Le scoutisme au Congo belge (1920-1960) : une facette coloniale d’un mouvement de jeunesse mondial, Bruxelles, 1997 (mémoire de licence en histoire – ULB).

Voir aussi : le guidisme au Congo

 

 

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